Les hôtels particuliers

L’hôtel particulier est une demeure urbaine luxueuse occupée à l'origine par un unique propriétaire (et sa domesticité) par opposition au palais, habité en principe en France par un prince de sang, et à l’hôtel de rapport dont les chambres ou appartements sont loués ou vendus à des particuliers. Le terme d’hôtel apparaît au Moyen Age pour désigner la résidence de grands seigneurs ; il devient courant au XVIIe et s’applique aussi aux demeures de financiers et de riches bourgeois.

La possession d’un hôtel particulier est un signe de richesse et de prestige pour son propriétaire. L’archétype de l’hôtel particulier à partir du XVIIe s. est l’hôtel entre « cour et jardin » dans lequel l’habitation se situe au fond d’une cour dont les côtés accueillent les services (écuries, remises, communs, logements du personnel) et dont la façade arrière donne sur un jardin. Sur la rue, la cour est fermée par un mur écran de part et d’autre d’un portail monumental parfois flanqué de pavillons. Ce modèle est très différent du palais romain contemporain – édifice monumental sur rue construit autour d’une cour à portique. Il donne lieu à de très nombreuses variantes en fonction du rang et des moyens du propriétaire mais aussi de la forme du terrain.

Parmi les premiers hôtels "classiques" on peut citer ceux construits dans le lotissement de la couture Sainte-Catherine-du Val-des-Ecoliers dans le Marais à partir de 1545. Initié par les religieux du prieuré de Sainte-Catherine sur une couture (ou culture, terres cultivées), ce lotissement de 59 lots de forme régulière bien situé à proximité de l'hôtel des Tournelles, résidence royale, accueille des résidences aristocratiques et se bâtit rapidement. On y trouve encore aujourd'hui sept hôtels de la seconde moitié du XVIe siècle de tailles et de dispositions différentes dont l'hôtel Carnavalet construit en 1545-1548 pour Jacques de Ligneris, président au Parlement, et l'hôtel de Lamoignon.



Le lotissement de la couture Saint-Catherine >


L’Hôtel de Beauvais

Cet hôtel est construit en 1655, rue François Miron, par Antoine Le Pautre pour Catherine Bellier, épouse de Pierre de Beauvais et première femme de chambre de la reine Anne d'Autriche. Il est remarquable pour l’habile utilisation d’un terrain exigu et de forme irrégulière. Le Pautre a su y inscrire à rez-de-chaussée écuries, remises et commerces et, à l’étage, pièces de réception et galerie donnant sur un petit jardin suspendu ainsi qu’une chapelle en fond de parcelle.

L’hôtel est modifié au XVIIIe s. pour la famille Orry par Robert de Cotte. Au XIXe, il est transformé en immeuble de rapport, la façade sur rue est surélevée.

 
Façade et plans de l'hôtel de Beauvais. 
L'Architecture française. Gravure de Jean Marot, BnF Gallica
 


L’Hôtel de Lionne

Construit en 1661 par Louis Le Vau (architecte) et Michel Villedo (entrepreneur) pour Hugues de Lionne, ministre d’Etat de Louis XIV pour les Affaires Etrangères, son plan est caractéristique de l’hôtel entre cour et Jardin. Situé rue des petits Champs, proche du Louvre, de l’hôtel de Mazarin et de celui de Louvois, il est détruit en 1827. 

  
Hôtel de Lionne-Pontchartrain

Façade sur jardin ^

plan du rez-de-Chaussée >

BnF Gallica.

< Plan Jaillot 1775
 


L’Hôtel de La Vrillière ou de Toulouse

Il est construit vers 1640 par François Mansart pour Louis Phélipeaux de La Vrillière, secrétaire d'Etat, à proximité du Palais Royal. Très vaste hôtel, il est remarquable par sa galerie de 40 mètres de long, avec un plafond à fresque peint par François Perrier dans l'esprit de la Galeie d'Apollon du Louvre. Elle abrite la collection de peintures italiennes du propriétaire : toiles du Guerchain, de Guido Reni, de Pierre de Cortone, de Carlo Maratta... En 1713, devenu la propriété du comte de Toulouse, fils naturel de Louis XIV, il est réaménagé par Robert de Cotte. La Banque de France en fait son siège en 1811.  


La situation de l'hôtel sur le plan Turgot

 
 Façade sur rue Gravure de Marot, BnF .
 
Plan du premier étage. Bnf
 
Façade sur jardin. BM de Reims 


L’hôtel Amelot de Gournay

L’hôtel Amelot de Gournay est, avec les hôtels de Torcy et de Seignelay (78 et 80 rue de Lille), représentatif des activités d’architecte et de spéculateur de Germain Boffrand au faubourg Saint-Germain. Il achète les terrains en 1710 et 1712 rue Saint-Dominique, engage la construction de l’hôtel et le vend au diplomate Amelot de Gournay qui s’y installe en 1717. Construit sur un petit terrain, il est remarquable pour sa cour ovale. Cet hôtel est actuellement occupé par une ambassade, 1 rue Saint-Dominique.

 

< Coupe sur la cour. Germain Boffrand, 
Livre d’Architecture, 1745.

 
 
 ^ Plan University at Buffalo, 
libraries, digital collection. 





< Situation de l'hôtel de Gournay rue Saint-Dominique






L’hôtel Thélusson

Dans les années 1770, Claude-Nicolas Ledoux, construit plusieurs hôtels dans le quartier de la Chaussée d’Antin.L’hôtel Thélusson est le plus étonnant et le plus somptueux. Commandé par la veuve d’un riche banquier suisse associé de Necker, M. Thélusson, il est caractéristique d’une l’architecture néo-classique pittoresque. L’entrée côté jardin est signalée par un imposant arc de triomphe ; le salon en rotonde semble posé sur un rocher. Achevé en 1778, il est démoli en 1826 par le prolongement de la rue Lafitte.

  

^Hôtel Thélusson. Jean-Baptiste Lallemand
 c. 1800. BnF

< L'hotel de Thélusson sur le plan Vasserot 
c 1820

Plan, coupe et façade sur rue de Provence 
Krafft et Ransonette. RMN >
 




*

*         *


L’évolution de l’implantation des hôtels de 1450 à 1790

Les cartes de l’évolution de la localisation des hôtels mettent en évidence, d’une part, leur implantation - en règle générale - en limite d’urbanisation, là où se trouvent de grands terrains, et, d’autre part, le glissement vers l’ouest à partir de la fin du XVIIe siècle.


Voir aussi 

Le Marais, le faubourg Saint Germain, le quartier Richelieu, le faubourg Saint Honoré, la Chaussée d'Antin

 

Liens

 

Sources

Gady (Alexandre), Les hôtels particuliers de Paris du Moyen Age à la Belle Epoque, Parigramme, 2011.