Les grands lotissements de 1820 à 1850


Le lotissement des biens nationaux jusqu’à la fin de l’Empire touche essentiellement des terrains situés à l’intérieur du Paris construit à l’époque. A partir de 1820, des opérations importantes vont se réaliser en périphérie, dans des secteurs inhabités, de part et d’autre du mur des Fermiers Généraux. Ces opérations ne répondent que très partiellement à la demande en logement due à la pression démographique conséquence d’une immigration ouvrière importante, elle-même due, pour une bonne part, à l’attraction qu’exerce Paris sur une population provinciale fortement perturbée par les guerres de la Révolution et de l’Empire. La densification du centre-ville et des extensions spontanées et informelles notamment vers l’est (faubourg Saint-Antoine, Belleville…), vers le nord (La Chapelle, abords du bassin de La Villette) et aux barrières de Paris (Barrière d’Italie, village d’Austerlitz…) sont une première réponse à cette pression.

Le préfet de la Seine Chabrol de Volvic, préfet de 1812 à 1830, encourage la constitution d’un capitalisme foncier et immobilier capable de mener des opérations privées permettant de répondre aux besoins sur une grande échelle. Des sociétés se constituent regroupant banquiers, entrepreneurs, propriétaires et architectes. Une dizaine de grands lotissements, plus ou moins spéculatifs, sont créés entre 1820 et 1850, la plupart entre 1822 et 1826. Sauf exception (quartier Saint-Georges), tous connaîtront des difficultés de commercialisation dans les années 1830 et se commercialiseront plus lentement que prévus.


Les lotissements créés entre 1790 et 1850 >

De nombreuses petites opérations, limitées à une ou deux voies sur une unique propriété, et souvent destinées à une population plus modeste se créent parallèlement en périphérie, ainsi que quelques lotissements, hameaux ou villages - tels le Hameau Boileau, le Nouveau Village d'Orléans, plus ambitieux sur le plan de la conception et de l'architecture, protégés par un cahier des charges.


1822 Le « nouveau quartier Poissonnière », à l’initiative de deux banquiers, André et Cottier, et d’un architecte Auguste Constantin pour lotir l’enclos Saint-Lazare. Cf. Le lotissement de l'enclos Saint-Lazare.


1823 Le quartier François 1er, urbanisé par la Compagnie des Champs-Elysées (colonel Bracke et l’architecte Auguste Constantin), présente un plan en étoile.
Un peu excentré et destiné à une clientèle riche, il se construira très lentement.

Le quartier François Ier  sur le plan d’ensemble des travaux de Paris exécutés de 1851 à 1868  >


1823  Quartier Saint-Georges, la nouvelle Athènes. Autour de la place Saint-Georges, de la rue et de l’église Notre Dame de Lorette, bien situé, dans le prolongement de la Chaussée d’Antin à la mode fin XVIIIe, ce quartier connaît un rapide succès et se construit très vite (Cf. La Chaussée d'Antin). Le nom de "Nouvelle Athènes" donné à l'époque par un journaliste fait référence à la grécomanie qui accompagne la lutte de la Grèce pour son indépendance. L’architecte Auguste Constantin, élève de Percier, est très actif dans tout ce secteur. Il y achète en 1823 les jardins Ruggéri et obtient l'autorisation d'ouvrir les rues Saint-Georges et Notre-Dame-des-Champs et la place Saint-Georges en 1824. La rue d'Aumale est ouverte en 1845 sur les terrains de l'hôtel de Watteville.

< Le site en 1790












La Nouvelle Athènes en 1850 > 
Recherché dès les années 1820 par les artistes et les hommes politiques (Chopin, Delacroix, Géricault, Isabey, Talma, Guizot, Thiers...) le quartier est très représentatif de l’architecture de la Restauration et de la Monarchie de Juillet et, contrairement à la Chaussée d’Antin, a été bien conservé.


1824  Lotissement de la plaine de Grenelle : la plus importante opération extra-muros. Cf. Le lotissement de Grenelle.


1821 - 1826 Le quartier de l’Europe. Intra-muros, c’est le lotissement le plus vaste, celui aussi dont l’histoire est particulièrement complexe. Au départ, vers 1821, deux opérations indépendantes sont imaginées, séparées par le boulevard Malesherbes (décidé en 1808) : à l’ouest, entre la rue de la Bienfaisance et le parc Monceau, menée par un entrepreneur, Sylvain Mignon ; à l’est, à partir du jardin Tivoli racheté aux héritiers Boutin par un banquier, Jonas Hagerman. La ville demande alors aux lotisseurs de coordonner leurs projets, un plan de voirie est autorisé en 1826. A l’ouest, il reprend le quadrillage défini par l’abattoir du Roule (construit en 1810). A l’est, le projet est plus ambitieux, combinant quadrillage et plan en étoile autour d’une place centrale, la place de l’Europe. Une église est prévue en fond de perspective depuis cette place vers les Fermiers Généraux. Les deux lotisseurs doivent s’échanger des terrains et acquérir des parcelles supplémentaires. 

 < Le projet de 1826








         Plan Andriveau-Goujon
1830  >

  < le quartier en 1850









            le quartier en 1900 >
 

Les travaux commencent par les terrains du jardin Tivoli (rues de Londres, d’Athènes, de Milan), En 1839, Hagerman a vendu les deux tiers de ses terrains (P. Pinon), alors qu’à l’ouest, les héritiers Mignon ne pourront réaliser leur patrimoine foncier que dans les années 1840 -1860.

Le lotissement sera profondément modifié par la voie ferrée de Paris à Saint-Germain. Une première gare est construite en 1837 immédiatement au sud de la place de l’Europe. Moins de 10 ans plus tard l’embarcadère de l’Ouest est repoussé vers le sud, rue Saint-Lazare, au prix de gros travaux de terrassement. Coupé en deux par la voie ferrée, sans équipement majeur ni espace central animé, le quartier a beaucoup perdu en lisibilité.

La partie nord est occupée pendant un temps (1855 -1865 ?) par d’énormes entrepôts, les docks Napoléon. 


1825 La plaine de Passy. A partir de 1825, tout le secteur nord du village de Passy, terrains de cultures, de vignes et de carrières, est loti par la « Société des terrains de la plaine de Passy ». 

 Le plan du lotissement est très proche de celui du quartier de l’Europe. La  place centrale, ronde, se trouve à l’intersection de deux voies diagonales, l’une de la place de l’Etoile à la Muette et l’autre de l’intersection du boulevard des Fermiers Généraux avec l’axe du champ de Mars (future place du Trocadéro) à un point situé 200 m avant la porte Maillot, la société ne maîtrisant pas le terrain en bordure du bois. Le tracé prend en compte les chemins ruraux (rue Lauriston, rue de la Pompe), cf. plan général de 1825.





< Le projet de 1825

  < le quartier en 1850            














 le quartier en 1900 >
 

Le lotissement se bâtit lentement, à partir de la place de l’Etoile et du village de Passy (rue de Longchamp). Haussmann surimpose l’avenue du Bois et l’avenue Henri Martin, c’est alors que l’église Saint-Honoré d’Eylau et les écoles sont construites, signes de la densification du quartier. Une première urbanisation, en majorité de maisons individuelles avec jardins, se trouve après 1870 – 1890 remplacée par des immeubles collectifs plus ou moins caractéristiques du style 1900.


1820 - 1830 Les Batignolles. Un premier développement, spontané, se forme à partir de la barrière de Clichy, autour de quelques guinguettes. A partir de 1820, deux spéculateurs, les entrepreneurs Navarre et Rivoire, achètent des terrains et tracent les rues Lemercier, Nollet et Truffaut à partir de la rue des Dames, en respectant le parcellaire rural. Attirant une clientèle assez modeste, la croissance est rapide ; une église est construite en 1828 et, en 1830, la nouvelle agglomération obtient de Charles X la formation avec Monceaux d’une nouvelle commune détachée de Clichy – Les Batignolles – Montceaux. En 1837, la tranchée de la voie du chemin de fer de Paris à Saint Germain coupe en deux la nouvelle commune. 

La population atteint 20 000 habitants en 1846 au moment où commencent à se construire les rues Brochant et Cardinet. Une mairie est construite en 1847 (rue de l’Eglise, rue des Batignolles).

Simultanément le quartier des Epinettes se développe à partir d’une série de lotissements parallèles très serrés le long de voies perpendiculaires à l’avenue de Clichy. La proximité de la voie ferrée attire des entreprises de part et d’autre de l’avenue.


1830 Le Nouveau Village d'Orléans, commencé en 1830 est un exemple intéressant de lotissement composé avec des voies tracées de façon indépendantes des rues existantes (avenue d'Orléans- aujourd'hui av. du Général Leclerc- et  rue de la Tombe-Issoire) et un découpage en parcelles régulières. Rue Hallé, un parcellaire en éventail délimite une petite place.

 
 ^ Le Nouveau  Village d'Orléans en 1850


Plan de 1830, Musée Carnavalet >
  
  
 
vue actuelle ^
< Estampe de 1830, Musée Carnavalet


Le Jardin Beaujon, parc d'attraction à la mode jusque sous l'Empire (Cf. les folies au XVIIIe), est loti entre 1825 et 1854.





Le lotissement du jardin Beaujon >
sur le plan d’ensemble des travaux de Paris exécutés de 1851 à 1868
 


La folie Bouëxière, autre folie du XVIIIe, est vendue et lotie en 1844 par la famille Vintimille du Luc (voir sur les plans du quartier de l'Europe ci-dessus). Le lotissement est organisé autour de la place Adolphe-Max (alors place de Vintimille).


Voir Aussi

Le lotissement du Château Rouge


Liens

La Nouvelle Athènes sur Paris.fr


Sources

Pinon (Pierre), Paris biographie d’une capitale, Paris, éd. Hazan, 1999.

Rouleau (Bernard), Le tracé des rues de Paris: Formation, typologie, fonctions… Paris, éd. CNRS, 1975.

Rouleau (Bernard),  Villages et Faubourgs de L'ancien Paris. Histoire d'un espace urbain. Paris, éd. Seuil, 1985.